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Qu'est ce que la tango thérapie ?

Un espace pour décoder à travers le corps nos conflits intérieurs, et restaurer un dialogue avec l'autre. Un espace temps à s'offrir en couple et/ou pour soi

L'approche tango thérapie se déroule en deux temps. Dans la première phase je vous propose d'entrer en communication par le biais du langage corporel propre au tango argentin "abrazo, cambio de peso, paso adelante/atras, cruzado...". Le deuxième temps est un espace de discussion dans lequel je vous propose un décodage de ce qui vient d'être vécu par le corps. L'objectif de ce deuxième temps vise à donner des pistes de travail pour soi afin de (re)trouver la notion d'harmonie à 2, et de manière générale dans la relation à l'autre.
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L'expérience sensorielle comme approche thérapeutique

Précisons que nous parlerons ici du Tango Argentin* (les majuscules sont choisies car c'est un art classé par l'Unesco au patrimoine immatériel de l'humanité) . C'est une forme de danse qui évoque beaucoup de représentations liées à notre palette sensorielle.

 

  • Le tactile avec l'enlacement "l'abrazo", la connexion de buste à buste;
  • Le visuel autant pour le couple de danseurs qui doit gérer l'espace dans lequel il se déplace mais aussi pour les spectateurs qui voient se transposer le jeu du couple homme/femme - et les costumes;
  • L'ouïe par la musicalité propre au Tango Argentin avec le célèbre bandonéon qui donne le ton et rythme la danse;
  • L'olfactif par la proximité des corps. Ce sens qui est le plus primitif déclenche plus directement nos émotions. Il joue ainsi un rôle majeur dans la relation qui s'établit avec l'autre.

 

Ainsi grâce à la richesse sensorielle qu'offre cette danse, de nombreux chercheurs et danseurs/enseignants ont mis en évidence les bienfaits du Tango Argentin sur les maladies de Parkinson et Alzheimer. Il en ressort l'observation d'un ralentissement sur le déclin cognitif.

Chez Arbor'Essence, la Tango Thérapie est une occasion pour amorcer un travail sur soi à partir de la rencontre des corps. Les corps en mouvement expriment et laissent transparaître tous les jeux du moi. Par le biais de la riche palette sensorielle, le Tango Argentin en tant que danse codifiée nous invite à entrer tout en finesse dans un langage corporel à part entière. Dans cette perspective la Tango Thérapie s'amorce. Il est alors question de décoder le langage du corps, le nôtre, dans un système interactif avec l'autre, avec l'espace et avec la musique. Des paramètres qui rendent notre rapport à l'espace temps unique. C'est dans et à partir de cet état de présence à soi et à l'autre que débute le travail thérapeutique.

Un corps qui danse ou la danse du corps ?

Danseuse dans l'âme pour les raisons propres à mon histoire de voyageuse forcée dans ma petite enfance, mon socle fût la danse. Mon moyen de communication universel : le mouvement. Mon voyage intérieur : la danse classique et sa rigueur. Alors danser n'était pas un rêve ni un projet (devenir danseuse par exemple), il est dans ma corporalité comme une composante de mon ADN. La fluidité des mouvements générée par les torsions, les étirements, puis la tonicité engendrée par les mouvements de contraction musculaire donnent au corps une sensation d'apesanteur. Intrinsèquement reliée à l'état animal, le mouvement de danse requiert cependant d'être aux aguets : les moments spatio-temporels de pause alternent avec les moments de fulgurance. C'est une ondulation vibratoire qu'il ne faut pas chercher à contrôler. Tout le défi de la danse est de se laisser porter par le mouvement d'autant plus qu'il cherche à être apprivoisé. Il s'agit de le laisser naître de l'intérieur, de l'invisible puis de le laisser s'extérioriser. Le professionnel se servira de la technique, de la répétition, du travail personnel de corporalité pour affiner le mouvement, le rendre esthétique aux yeux des spectateurs. Mais dans la Tango Thérapie, précisons le ici pour la suite du propos, il ne s'agit pas de technique mais de ressenti. Il s'agit ici de se connecter à son corps pour lui permettre d'exprimer toutes les émotions, les envies, les mots refoulés. C'est une connexion dans l'instant présent qui permet d'exprimer ici et maintenant, des états du passé mais aussi des envies du futur.

L'altérité : le leitmotiv du travail thérapeutique

La proposition thérapeutique par l'approche du Tango Argentin s'adresse à tous ceux et celles qui ont envie d'aller vers l'Autre. Pour tous les couples qui ressentent que "La Voie de l'Amoureux" est une voie d'incarnation de l'Amour (Cf Arouna Lipschitz). Ayant découvert le travail d'Arouna (philosophe écrivaine réalisatrice) il y a quelques années, j'ai rencontré de nombreuses correspondances entre son travail d'analyse de La voie de l'amoureux et mon travail d'enseignante de Tango Argentin. Certainement reliées par notre intérêt pour la philosophie, j'ai pu observer à travers le dialogue des corps un champ d'analyse propre à la danse Tango Argentin. Ces précieuses années d'enseignement auprès de publics majoritairement adultes ont constitué pour moi un terreau pour établir des liens et décrypter le langage des corps. Foncièrement questionnante vis à vis de l'univers et de ses lois intrinsèques, c'est avec une joie profonde que je me suis mise à réfléchir sur le décodage du corps en mouvement et en rapport avec l'Autre. La convergence de mes recherches avec le travail d'Arouna apparaît à travers la notion clef "d'altérité". L'un des enjeux majeurs de la condition humaine réside dans sa capacité à accueillir l'Autre dans sa différence. C'est l'enjeu même du Tango argentin. Danser avec l'Autre est source de joie mais aussi de souffrance. 


La notion d'altérité comme enjeu propre de la danse à deux

Comme dans la vie "tomber amoureux" tout le monde en a envie et tout le monde décrit des ressentis positifs. Tous les dans-eurs/euses décrivent la joie qu'ils ressentent à l'idée d'aller dans un bal pour étreindre ou se faire étreindre par l'Autre. Et puis après le bal il y a ceux qui ne rêvent que d'y retourner pour revivre des sensations et émotions positives et puis ceux qui déçus de la dernière fois retentent l'expérience dans l'espoir qu'elle leur offre ces instants de bonheur tant convoités. Nous fonctionnons tous sur ce type de schémas répétitifs. Il ne s'agit pas ici de s'intéresser au décryptage psychologique des pulsions de vie mais de regarder la notion d'altérité (caractère de ce qui est autre/ déf. Larrousse) comme l'enjeu propre de la danse à deux. Ce que les corps décrivent globalement ce sont à la fois des élans d'amour et les souffrances des amoureux. 

A travers notre éducation culturelle et familiale, nous avons engrammé de nombreuses informations qui deviennent des réalités puisque nous pensons à partir de ces schémas. Quand nous évoquons l'idée d'un héritage génétique il s'agit avant tout de ces schémas conceptuels. Vis à vis de l'Amour nous avons engrammé toute une série de représentations en lien avec le divin qui nous empêche d'être pleinement incarnés et d'accueillir ce qui est, c'est à dire de vivre ce qui est à vivre plutôt que de le chercher. C'est dans ce sens que de nombreuses pratiques dont la méditation et la pleine conscience nous invitent à nous recentrer sur nos sensations physiques de manière à chasser de notre esprit toutes représentations du passé qui nous transportent sans cesse dans le futur (idéal) et nous empêche d'être connecté à l'instant présent (favorable à la co-création). 


La recherche de l'idéal : un frein à la rencontre de l'Autre, un chemin vers la souffrance

Après avoir endossé la robe orange pendant plus de dix ans, A.Lipschitz s'intéresse à la notion de "nostalgie de l'ailleurs" et explicite dans son travail le postulat suivant : "si la nostalgie de l'ailleurs n'est pas guérie, il n'y a pas de possibilités de l'altérité". Elle entend par "nostalgie de l'ailleurs", la croyance qu'entretient chaque être humain d'un "paradis perdu" et qu'il cherche névrotiquement à retrouver à travers son incarnation sur terre. Dans cette quête, toute incarnation ne peut donc avoir lieu que dans la souffrance dans la mesure où ici sur terre il est question non pas de fusion avec un "tout" mais d'altérités.

Concrétisons ce postulat par un exemple en lien avec la danse Tango Argentin.

La projection idéalisée sur l'autre : "Je pense que si j'avais un bon danseur, une bonne danseuse...ça irait tout seul!"*

Une phrase que j'ai entendue de nombreuses fois (dans le contexte social du bal de tango argentin) au cours des 15 années d'expérience en tant que danseuse professionnelle de tango argentin (https://www.cietangomagnolia.fr).

Si on transpose avec le postulat d'une nostalgie de l'ailleurs non guérie, il s'agirait ici de voir dans l'autre l'espoir "d'un paradis perdu" retrouvé. Etreindre l'autre me permettrait de retrouver mon jardin d'Eden, cet endroit où règne la perfection. Un rêve de fusion avec l'autre s'instaure. Ainsi en idéalisant cet instant de retrouvailles je m'apaise. Arouna propose de classer les souffrances liées à la nostalgie de l'ailleurs en deux tendances comportementales. Dans un cas il s'agirait de rechercher chez l'autre des bras consolateurs. Ainsi le rêve de se laisser porter par l'Autre, ce danseur ou cette danseuse idéale, nous conforte dans l'optique d'une fusion rétablie. Dans l'autre cas, il s'agirait de bras compensateurs, c'est à dire ce danseur ou cette danseuse idéale comme faire-valoir. La perfection que je vois chez l'Autre m'apaise car elle me renvoie à ma quête d'absolu et de perfection d'un paradis perdu. Ainsi je me ressens comme faisant parti de cet idéal.


L'inévitable désillusion

Une des souffrances qui apparaît dans la relation est reliée à la notion de déception. Qu'il s'agisse d'un élan de consolation ou de compensation, dans les deux cas au bout d'un certain temps ce danseur ou cette danseuse idéale me renvoie le miroir de mes propres manques. Mon manque d'amour pour moi-même, mon manque d'estime, voire mes limites corporelles. Alors sans l'état de conscience évoqué dans les autres rubriques, je mets la faute sur l'Autre, le rendant responsable de mes propres manques. Il devient dès lors la source du conflit. Deux stratégies s'imposent alors : l'une consiste à m'acharner sur l'autre pour qu'il change, l'autre consiste à rechercher ailleurs un Autre idéalisé. Dans les deux cas la souffrance ne peut être atténuée par l'Autre.


Que puis je faire alors? la piste de l'autonomie sensorielle

L'autonomie sensorielle constitue une piste pour atténuer la souffrance relationnelle. Par "autonomie sensorielle" nous entendons la rencontre avec sa propre corporalité en dehors de l'espace relationnel. Il s'agit de s'accorder des espaces temps pour soi où l'expérience de notre corporalité vient conforter notre unicité d'être. Toutes les disciplines qui viennent nourrir notre soi corporel ou spirituel, telles que le yoga, les arts martiaux, la danse (ou toute autre activité physique), le chant, la musique ainsi que la méditation, les médecines douces, les temps d'introspection (jeûne, retraites...) participent de cette rencontre avec soi. Ces espaces temps constituent des nourritures indispensables pour se ressourcer et pour rencontrer l'Autre à partir d'un Soi pacifié. 

Apprenant à partir de ces espaces à reconnaître nos limites du moment, mais surtout à rencontrer nos richesses intérieures, ces temps de rencontres privilégiés avec notre intimité d'être constituent une nourriture pour se tenir face à l'autre en tant qu'être complet. Dans ce sens aller à la rencontre de l'autre ne s'assimile pas à aller à la quête de mes manques pour aller les trouver chez l'autre. 


La rencontre avec l'Autre : un miroir pour mon propre potentiel évolutif

Quand je me ressens pacifié avec mes manques, que je me ressens comme un être complet, incarné non pas dans le but de re-trouver un idéal, un état de perfection, mais au contraire d'incarner le perfectible, seulement à ce moment là la rencontre avec l'Autre devient un espace d'échanges et d'accueil des différences. Ces dernières deviennent une richesse pour la relation. Le deux se révèle un potentiel pour créer ensemble dans l'instant présent et à partir de la joie de l'altérité.

La rencontre avec l'Autre est nécessaire pour me rencontrer à chaque jour tel que je suis à cet instant précis. Car comme le souligne Arouna, c'est dans le "deux" que je peux vérifier où j'en suis dans ma propre incarnation. Car seul je peux facilement me perdre et me leurrer. L'autre me renvoie comme un miroir mes potentiels d'évolution.

C'est dans cet interstice conceptuel que je souhaite inscrire ma démarche de Tango Thérapie


Le Tango Argentin constitue de mon point de vue un espace privilégié pour regarder ce potentiel d'évolution qui réside en chaque être incarné. Ma démarche thérapeutique vise à permettre à chaque personne qui souhaite s'inscrire dans ce chemin d'évolution de prendre la rencontre avec l'autre comme socle pour approfondir le travail sur soi, et ainsi entrevoir la possibilité d'incarner la mission d'Amour par la voie du deux.

Le couple de danse : la voie de la co-création
  • à partir des concepts énoncés ci dessus, nous observerons ensemble comment le corps élabore un langage singulier propre à l'histoire de chacun. Grâce aux codes établis par la Tango Argentin, nous pouvons transposer nos mouvements à notre rapport à l'Autre. Par ce biais nous pouvons regarder avec conscience les pistes d'évolution.
  • Décoder. C'est un décodage qui porte sur les notions de féminin et de masculin.

Le Tango Argentin est la parfaite recherche de l'harmonie entre le masculin divin et le féminin sacré (cf. Diane.Bellego). Lorsque le masculin divin est aligné, il propose un guidage précis, il initie le mouvement avec clarté. La proposition de guidage clarifiée, le féminin sacré peut s'occuper de nourrir le duo par une qualité d'écoute, de présence, d'embellissements. Dans ce sens le couple devient co-créateur de sa propre danse et l'harmonie s'installe.

  • Dans le couple de danse on parle de guideur et de guidé. Le guidé doit à la fois proposer une clarté de guidage et en même temps savoir écouter l'autre pour rencontrer l'harmonie dans la co-création improvisée. Toute réaction de l'égo le "sur" (pouvoir/contrôle) comme le "sous" (soumission/victimisation) constitue un antidote à la co-création dans l'instant présent et en amont à la rencontre avec l'Autre.
Le Tango Argentin : un champ d'expérimentation et de création, reflet d'une société en évolution

Les guideurs ont tendance à enlacer fermement les guidés. D'un certain point de vue cela exprime les codes propres à une danse et à une culture. Mais à y regarder de plus près, c'est un langage corporel qui se déploie. Reflet d'une société en évolution, les jeunes générations de danseurs cherchent plus de communication au sein du couple de danse. Les guideurs sont donc renvoyés dans leur propre recherche corporelle. Le guideur ne doit pas viser à faire faire quelque chose à l'Autre mais doit se centrer sur son propre déplacement. Dans ce sens il libère le guidé de l'injonction à le suivre. Les rôles restent établis mais chacun cherche son alignement pour former un couple créatif, capable d'improviser. On voit donc que les codes propres à la danse ou qui régissaient la vie de couple se dissipent au profit d'une recherche d'harmonie. Dans certaines formes d'enseignement du tango argentin on propose au guidé de se tenir au guideur alors que dans l'imaginaire collectif c'est le guideur donc l'homme qui doit étreindre la femme pour la guider là où il veut (d'où la connotation machiste de cette danse). Cette proposition crée une nouvelle attitude de l'Un face à l'Autre : le guideur s'occupe plus de ses propres déplacements et le guidé est plus à l'écoute de sa propre corporalité. Délestée du devoir de guider ou de suivre l'Autre, la danse à deux comme la vie à deux offre un espace de création où les enjeux évoluent, et ce grâce à cet état de conscience.

En écho au contexte sociétal en permanente évolution, la Tango Thérapie offre un espace-temps à partir duquel on peut regarder, décoder, comprendre pour créer avec l'Autre. 

 

En vous inscrivant à la newsletter mensuelle vous pourrez recevoir des textes réflexifs que j'écrirai en fonction des thématiques et des nourritures du moment. L'angle que j'ai choisi pour écrire ce texte fait écho au travail d'Arouna Lispschitz sur La Voie de l'Amoureux. Les autres auteurs cités ci-dessous permettent de mettre en parallèle la danse Tango Argentin avec les phénomènes de peurs (contraire à l'Amour). Les questionnements aménés par le travail d'Arouna constituent le socle pour amorcer un travail sur soi à partir de la rencontre avec l'Autre. C'est pourquoi j'ai choisi de présenter la Tango Thérapie à partir des pré-requis à la rencontre.


Bibliographie:

Je vous invite à écouter les conférences et les livres de :

Arouna Lipschitz, La voie de L'amoureux

Diane Bellego La réconciliation au coeur de la séparation, véritable moment de fusion. La célébration en soi et avec l'autre du couple co-créateur;

Gilles Deleuze, D comme Désir;

Isabelle Padovani, CNV communication non violente

Pascal Hastir, et la pleine présence